Introduction

Savoir dessiner, peindre, utiliser des logiciels de conception d’espaces et s’y connaître en menuiserie ou en serrurerie : les métiers du décor évoquent immédiatement la part artisanale du cinéma et la tension sans cesse renouvelée entre techniques anciennes, manuelles, adaptées d’univers étrangers au cinéma, et technologies de pointe, forçant ces métiers à une perpétuelle mutation. Plus qu’ailleurs, les métiers du décor exposent le nécessaire partenariat avec tous les autres corps de métiers, dans un mouvement de coopération mais aussi parfois de concurrence forte, exacerbée par l’essor des outils numériques. Au sein de l’équipe décoration, les professionnels se succèdent afin de créer, peu à peu, les décors nécessaires à un film, que ce soit en extérieur ou en studio. S’adaptant aux changements technologiques, les gestes et les rôles restent pourtant proches, entre contraintes budgétaires, usage des techniques et matériaux du moment, et enjeux esthétiques et narratifs. Le chef décorateur, dans les productions françaises, ou son équivalent, le production designer, dans le milieu anglophone, aux prérogatives légèrement différentes, coordonne cette chaîne qui part du scénario et qui s’achève à la sortie du film – voire après, dans des activités de promotion de certaines œuvres.

La première phase consiste à concevoir un décor, à partir de dessins, de maquettes ou de simulations 3D. Exemple particulier, le film d’animation pousse à l’extrême cette phase de création et les multiples essais qu’elle demande. Cette conception oriente ensuite le travail de repérage qui s’opère pour les lieux en extérieur ou en « situation réelle ». Repérer des lieux de tournage implique une expertise esthétique, mais aussi organisationnelle et juridique : un « beau lieu » doit aussi pouvoir accueillir, sur une période donnée, une vaste équipe aux besoins liés à différents corps de métier. Cette étape autorise ensuite la construction, si nécessaire, de décors éphémères, qu’il conviendra de détruire une fois le projet achevé. L’équipe construction se réunit autour de compétences diversifiées, tant le champ d’application du décor fabriqué est complexe. Livré, le décor connaît ensuite une nouvelle vie à travers le tournage. Éclairé, accessoirisé, habité par les interprètes, l’espace, quelle que soit sa nature, est cette fois modifié par l’équipe tournage, qui s’approprie le lieu à travers de nouveaux choix. En postproduction, les graphistes achèveront une ultime mutation du décor, en le prolongeant numériquement, comme le faisaient en format analogique les spécialistes des effets optiques dès le début du cinéma. C’est au spectateur de s’emparer alors du lieu; paradoxalement, dans le cinéma narratif dominant, un décor réussi ne doit pas se voir en tant que tel. D’ailleurs, la campagne marketing accompagnant la sortie d’un film se base rarement sur le travail du chef décorateur. La diversité des métiers du décor met donc en perspective la variété des techniques et des techniciens, leur évolution à travers l’histoire du cinéma, et la nécessité, quels que soient l’époque ou le style du film, de lier l’art, la technique et l’économie pour arriver à transformer les lignes écrites du scénario en un espace sur grand écran.

Type de document (média)

Texte nativement numérique

Éditeur

TECHNÈS

Date de diffusion

2022

Langue

fr

Format

text/html

Droits

© TECHNÈS, 2022. Certains droits réservés.

Licence

Identifiant

ark:/17444/167609/4014

Date de modification de la fiche

2022-04-06
2022-08-02

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