Avant Paillard - Texte 1
Aux origines de la marque suisse Bolex, il y a un homme russe issu d’une famille d’intellectuels juifs, Jacob Bogopolsky (Kiev, 1895-White Plains, New York, 1962), dit Jacques Boolsky pendant ses années de résidence en Suisse (1914-1939), puis Jacques Bolsey lorsqu’il émigre aux États-Unis (1939-1962). Arrivé en Suisse en 1914, Boolsky y suit dans un premier temps des études de médecine et d’art. Davantage intéressé par la photographie et le cinéma, il s’oriente ensuite dans cette voie en se faisant non seulement inventeur d’appareils, mais aussi entrepreneur, conférencier et cinéaste. À cet intérêt tous azimuts pour le cinéma s’ajoute encore sa participation active à la structuration du champ du cinéma amateur, grâce à la place qu’il occupe au sein de plusieurs institutions nationales ou internationales. En tant que président de l’Union suisse des inventeurs, il reste en prise sur l’évolution incessante des techniques : le cinéma amateur, la couleur, la télévision, tout cela le passionne. Pionnier du « cinéma pour tous », Boolsky esquisse à travers ses brevets le profil d’un cinéaste mobile, véloce, prêt à « prendre une vue à l’improviste », comme il l’écrit dans la description d’un simple étui pour caméra en 1927 (brevet suisse n° 127287). Dans les films qu’il tourne en privé avec les appareils de sa conception, il donne vie à cet opérateur à la gestuelle spontanée et habile, capable aussi bien de tirer le portrait d’un proche en pleine rue que de s’introduire à l’intérieur de la cabine exiguë d’une automobile. Au cours de ses voyages des années 1930, il n’hésite pas à saisir le point de vue en mouvement du touriste, aux vitesses diverses des machines (bateau, train, automobile) qui l’emportent à travers la Suisse ou sur la Côte d’Azur.
