Cinéma vérité et cinéma direct - Texte 1
« Cinéma direct », « cinéma-vérité », candid eye, living camera, « cinéma vécu » : dans le domaine du cinéma de non-fiction, le début des années 1960 se distingue par de nombreuses innovations techniques (caméra 16 mm légère et silencieuse, magnétophone synchrone), mais aussi terminologiques et théoriques. Quelle que soit l’étiquette choisie, cette nouvelle génération de cinéastes, et les commentateurs de l’époque, revendiquent et théorisent un rapport singulier avec la réalité capable de réhabiliter son potentiel dramatique pour le spectateur[1].
Dans un article pour France-Observateur publié en janvier 1960 et intitulé « Pour un nouveau “cinéma-vérité”[2] », Edgar Morin emprunte à Dziga Vertov le terme « cinéma-vérité », traduction de Kino-Pravda proposée par Georges Sadoul. Ce texte programmatique, rédigé quelques mois avant la réalisation de Chronique d’un été, appelle la concrétisation d’un cinéma léger, capable de pénétrer dans la vie quotidienne de nos semblables et de faire tomber leurs masques. Il prend pour modèle le travail de Jean Rouch : « … cinéaste-scaphandrier [qui,] muni d’une caméra 16 mm et portant son magnétophone Nagra en bandoulière, peut désormais s’introduire en camarade et en individu […] dans une communauté ». Conformément aux ambitions de ce manifeste, Chronique d’un été expérimente de nouvelles formes de mise en scène de la parole pour tenter de révéler la « vérité psychanalytique » des personnes qui ont accepté de partager l’expérience du tournage, au cours de moments provoqués de « commensalité[3] ».
