Une caméra dans un film, avec son caractère - Texte 4
Dans les années 1920, le rôle du caméraman devient inestimable, grâce à l’habileté des opérateurs à capter les événements : « Lorsque nous acclamons nos héros modernes, n’oublions pas le caméraman de presse… ce casse-cou qui risque continuellement sa vie pour nous rapporter des images de tout ce qui se passe dans le monde[9] . » Après tout, le défi de Keaton au cours du film est de passer de simple photographe de rue, muni d’un appareil de type ferrotype, à caméraman professionnel pour le cinéjournal MGM News. Dans The Cameraman, une courte séquence témoigne du grand amour que vouait Hollywood à la caméra Akeley durant la période du cinéma muet : Buster Keaton l’observe avec admiration et curiosité. La séquence souligne le contraste technologique entre la vieille caméra Prevost (1909)[10] et la performante Akeley, qui était considérée comme la meilleure caméra de l’époque pour capter les scènes d’action. En bref, à ce moment-là, la Akeley avait conquis Hollywood, jusqu’à devenir un personnage diégétique à part entière dans le film qui met en vedette Keaton.
Dans The Cameraman, on retrouve deux couples de protagonistes : Buster et sa caméra Prevost, ainsi que son antagoniste, le caméraman Stagg, accompagné de sa caméra Akeley. Dans le film avec Keaton, la Akeley devient un symbole de la technologie et de l’innovation ayant cours à l’époque dans le monde des caméras, jusqu’à jouer un grand rôle dans les bureaux de MGM News. De plus, dans une des scènes du film, Keaton étudie la caméra en ouvrant son couvercle latéral pour jeter un coup d’œil à son mécanisme interne, ce qui contribue à l’opposer à la Prevost qui, avec ses quelque 20 ans de présence sur le terrain, était désormais considérée comme obsolète selon les standards de 1928[11]. Le film pullule de références à la technologie des caméras présentes à la fin des années 1920, comme dans la scène montrant la vitrine de la boutique Schreiber où sont exposées quelques caméras destinées à la vente : au centre figure une autre Akeley, sur la gauche, une Bell & Howell 2709, et à droite, une Mitchell Standard, tous des modèles couramment utilisés dans les studios MGM et à la grandeur d’Hollywood. Si l’on se fie à la fluidité des plans, les séquences de la fusillade dans le Chinatown, qui font partie du film que tourne le personnage de Keaton, semblent avoir été tournées à l’aide d’un trépied gyroscopique, voire avec une caméra Akeley, et non avec une Prevost comme le voudrait l’histoire du film.
