Une caméra dans un film, avec son caractère - Texte 1

La conquête d’Hollywood par la Akeley ne fut pas immédiate car, comme on le sait d’un point de vue technique, son histoire prend racine dans le cinéma documentaire. Au cœur du paradigme documentaire, mais non loin de l’esprit du cinéma narratif et de fiction, l’un des acmés de la carrière de la caméra Akeley fut certaines prises de vue de Nanook of the North (1922), de Robert J. Flaherty. D’une durée de deux ans, le tournage eut lieu dans les glaces de l’Arctique à l’aide de deux caméras Akeley et d’une pellicule panchromatique. Nous proposons de lire le succès du film comme une passerelle entre deux mondes du cinéma, le film pouvant ainsi attirer sur la caméra Akeley l’attention d’Hollywood. Bien que les sources synchrones compulsées ne mettent pas en exergue Nanook comme le levier majeur de l’histoire de la pénétration de la caméra dans le berceau des studios – histoire que nous contribuons ici à débroussailler mais qui n'est pas encore entièrement écrite –, nous pouvons supposer[1] qu’en particulier les membres de la toute nouvelle American Society of Cinematographers (ASC), association regroupant des directeurs de la photographie et des techniciens en effets spéciaux, en remarquèrent les avantages. Ces derniers ne pouvaient que rester stupéfaits de l’excellent contrôle de la caméra lors des prises de vues, de son trépied gyroscopique, du viseur pivotant qui permettait de régler l’angle de la prise de vues librement et indépendamment de la position de la caméra, ainsi que de la possibilité qu’elle offrait d’effectuer avec une fluidité relative des prises de vues et des panoramiques de grande qualité[2] à l’aide de téléobjectifs[3]. Son trépied particulier muni d’une tête sphérique limitait beaucoup la friction et neutralisait l’oscillation provoquée par le mouvement de la manivelle (oscillation très difficile à éviter avec les caméras Bell & Howell ou Mitchell, nonobstant la maestria de l’opérateur).

Ainsi, la caméra Akeley établit un lien entre le cinéma documentaire et le cinéma des grands studios. La série des Rin Tin Tin, qui mettait en vedette un chien et qui contribua au succès de la toute nouvelle compagnie Warner Bros. Pictures, constitue un exemple de ce lien. Des caméras Akeley furent utilisées pour la production de Where the North Begins (Chester M. Franklin, 1923), dont les prises de vues en extérieur furent tournées dans le nord du Canada. Pour tourner les scènes avec le chien, on utilisa une Akeley, car c’était la seule caméra en mesure de suivre l’animal de manière fiable et fluide : « La caméra rehaussait l’impact de ces scènes, car elle était capable de suivre le rythme de l’animal courant en rond d’un bout à l’autre[4]. » L’un des films subséquents de Rin Tin Tin, The Clash of the Wolves (Noel M. Smith, 1925), montrait une poursuite à cheval entre les protagonistes et le chien; les panoramiques de cette scène ont été tournés avec une Akeley et de puissants téléobjectifs. À la caméra, il y avait E. Burton Steene, opérateur en vue à Hollywood spécialisé dans les scènes d’action.

Type de document (média)

Texte nativement numérique

Créateur

Greco, Valerio

Contributeur

Verreault, Mélissa (traductrice)

Éditeur

TECHNÈS

Date de diffusion

2023

Langue

fr

Format

text/html

Droits

© TECHNÈS, 2023. Certains droits réservés.

Licence

Identifiant

ark:/17444/09238b/6163

Date de modification de la fiche

2023-06-22

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