Le choc des titans: Cannes contre Netflix - Texte 1

En tant que « tête de gondole » des plateformes numériques, Netflix fait donc aujourd’hui figure d’épouvantail. La mention du nom de la firme est pour ainsi dire devenue une synecdoque (la plateforme est la partie la plus en vue d’un ensemble qu’elle est réputée représenter), suscitant les passions et entretenant la polarisation de la critique – d’où le grand nombre d’ouvrages publiés comprenant dans leur titre le nom de Netflix. La plateforme est de fait bien connue pour ses démêlés historiques avec l’institution classique du cinéma et notamment avec cet autre épouvantail prestigieux que représente le Festival de Cannes.

Cannes 2017 ou le communiqué de l’embarras

C’est au Festival de Cannes que les clashes les plus largement médiatisés se sont produits au cours des dernières années, notamment avec la projection désastreuse, en 2017, du film sud-coréen Okja, réalisé par Bong Joon-Ho, qui était présenté au Festival par Netflix – lequel ne l’avait pas produit mais l’avait mis sous l’aile « protectrice » de son catalogue en l’achetant, tout simplement (tout comme, lors de cette même édition du festival, The Meyerowitz Stories de Noah Baumbach). Ce clash avait ravivé la question des technologies de livraison, eu égard à la chronologie des médias. Lors de cette édition 2017 s’était ainsi posée de façon claire et nette la question de l’éligibilité à la Palme d’or d’un film diffusé uniquement sur Netflix. Le président du jury, Pedro Almodóvar, avait répondu par la négative, mais des membres du jury avaient manifesté leur désaccord avec lui.

Le hasard faisant bien, ou mal (?), les choses, Okja, présenté au Grand Théâtre Lumière, avait eu droit à un début de projection plutôt houleux. Un incident technique était en effet venu jeter de l’huile sur un feu qui couvait et qui allait prendre, les années subséquentes, des proportions gigantesques.

L’incident technique dont il est question est assez simple à décrire. On rapporte que, dès l’apparition du logo de Netflix à l'écran, un mouvement d’humeur avait gagné les spectateurs, suscitant un mélange de sifflets et d’applaudissements. Des spectateurs qui furent ensuite interloqués dès les premières images du film. En effet, la partie supérieure de l’image était masquée par un « rideau » qui n’aurait pas été suffisamment levé. Au bout de cinq à six minutes de ce mini-scandale, la projection avait été interrompue quelques instants, le temps pour les techniciens d’intervenir, et elle avait pu reprendre depuis le début. L’organisation du Festival avait rapidement émis un communiqué pour présenter des excuses empreintes d’une certaine mauvaise conscience : « Cet incident est uniquement dû aux services techniques du Festival[1] », expliquait-on. On sent bien que Cannes était sur la défensive! De façon assez malhabile, la direction voulait clairement éviter qu’on accuse les organisateurs d’avoir commis un acte délibéré de sabotage. C’est un peu comme si l’on voulait rassurer tout le monde : que l’on ne se méprenne pas, l’incident est dû aux services techniques du Festival, pas le moins du monde à la direction du Festival…

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