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Dans un article de Film und Volk de décembre-janvier 1928-1929, Victor Albrecht Blum soutient qu’aux États-Unis, un cutter de premier rang est payé le même salaire qu’un réalisateur. Une traduction complète de l'article est accessible dans la base de données.
Note
Une version haute qualité de ce média est accessible sur Internet Archive.
Traduction intégrale de l'article :
Celui qui coupe les images (« Bildschneider ») a la même tâche que l'humoriste: combattre l'ennui. Tous ceux qui se sont endormis au cinéma savent à quel point cette responsabilité est importante. Mais il serait injuste d'être fâché ou reconnaissant envers ce coupeur d'images pour chaque sieste qu’on aurait faite au cinéma, puisque, pour la plupart des films, il ne travaille pas indépendamment alors que, comme c'est trop souvent le cas dans notre industrie nationale, il est souvent remplacé par le réalisateur lui-même. Et ce dernier est rarement capable de voir son film de manière objective, à cause de l’ampleur du travail et des efforts qu’il y a mis, des difficultés, obstacles et autres problèmes techniques qu’il a eu à surmonter au moment du tournage de certains plans, ce qui peut le pousser à y être trop attaché. Ceci crée une accumulation de scènes inutiles, qui entravent le flux du récit du film.
Expliquons de manière pratique le travail du coupeur d'images : pour un film qui aurait, par exemple, une longueur de 2000 m [de pellicule] au moment où on le présenterait au public, on tourne de 6000 à 20 000 m. Par la suite, effectuer une sélection des différents points de vue [qu’on porte sur une même action], lier ensemble de manière organique les différentes portions [de film] sélectionnées de sorte que les prises puissent se « juxtaposer » en affichant parfois un « contraste » et – de manière essentielle – une « fusion » de la séquence d’images devient la tâche souvent ardue du « montage ».
On peut comparer le rapport entre la masse pelliculaire d’un film avant et après la sélection inhérente à son montage avec celui qui existe entre la masse de tissu qu’on emploierait pour faire une robe et la robe elle-même. C’est pour cela qu’en Amérique, c’est en référence à sa fonction qu’on appelle le coupeur d’images « cutter ». Et le prestige du rôle que joue le cutter américain est bien reflété par cette importante modalité de la production qu’est le salaire. Ainsi, en Amérique, un excellent cutter est payé aussi cher qu’un excellent réalisateur.
C’est dans la production russe que le montage joue le rôle le plus important. Car ce sont les Russes qui nous ont montré pour la première fois l'importance de l’alternance entre les moments calmes et mouvementés dans les « récits en images » (« Bilderzählung »), l'interaction entre le « dynamique » et le « statique », qui est indépendante de l’aspect dramatique du film et n’est destinée, en fin de compte, qu'à accélérer le souffle de l'action. Ainsi, le dynamique devient une inspiration – et le statique une expiration... Et c’est entre les deux que peut survenir l’essoufflement.
Le film Im Schatten der Maschine s’inspire avec révérence de ce modèle russe du montage (« Bildschnitt »).
Citation bibliographique
Blum, Victor. « Bildschnitt ». Film und Volk 2, n° 2 (décembre-janvier 1928-1929) : 9.
