Les moteurs de jeu comme outils de scénarisation - Texte 1
La scénarisation cinématographique consiste, dans sa plus simple expression, à écrire, par le biais d’un texte linéaire, la description d’une expérience audiovisuelle linéaire qui reste à réaliser. Or, les processus d’écriture et de réalisation sont tout sauf linéaires, et il y a mille façons de passer des mots aux images. Pour réaliser une prévisualisation rapide et flexible, on peut utiliser un moteur de jeu vidéo. Le choix du moteur dépendra du point d’équilibre recherché entre accessibilité, flexibilité et complexité. Les moteurs de jeu offrent trois types de possibilités intéressantes pour la scénarisation, selon l’accent qu’on met sur chacun des trois termes :
- Les moteurs de jeu vidéo fournissent des outils conviviaux pour la mise en scène et l’animation de modèles numériques dans un environnement 3D, ce qui permet d’obtenir une prévisualisation de scènes ou d’un scénarimage tout entier.
- Les moteurs de jeu vidéo fournissent des éléments préfabriqués (prefabs) et sont conçus pour accueillir des éléments externes, ce qui permet de réaliser à très peu de frais des maquettes (mock-ups) à partir de contenus génériques ou temporaires (placeholders).
- Les moteurs de jeu vidéo fournissent des règles d’opération qui peuvent servir d’aide à l’idéation, avant même d’en arriver à la prévisualisation.
Depuis longtemps, les designers de jeux vidéo (game designers) créent des prototypes de leurs concepts sur papier dans la phase d’idéation, avec des pions, jetons, cartes à jouer, dés, etc. Conceptuellement, ces dispositifs fonctionnent comme des moteurs de jeu : ils transforment des gestes (lancer un dé, tirer une carte) en résultats exprimables au sein d’un système de règles (obtenir un 6 ou piger un as et réussir une manœuvre difficile). Parallèlement, depuis longtemps les écrivains utilisent aussi des systèmes de règles pour générer des idées (qu’on pense au jeu du cadavre exquis). Le jeu de rôles, popularisé avec Donjons & Dragons dans les années 1970, est devenu la configuration archétypale de ce mélange de jeu et de récit. Si le maître de jeu peut inventer un scénario comme il l’entend, dans les faits il trouvera dans les livres et les règles du jeu différents éléments qui stimuleront son imaginaire et agiront comme moteur d’intrigues, qu’il s’agisse de règles pour crocheter des serrures ou pour persuader un prisonnier de parler, de sortilèges permettant d’emprisonner l’âme d’un personnage dans un objet ou d’entrer dans ses rêves pour livrer un message, ou d’une ceinture magique qui fait changer de sexe.
