La caméra d'animation - Texte 1
La difficulté d’approche technique du dessin animé tient à un point fondamental : sa réalisation ne dépend pas uniquement d’appareils de prise de vues – qui arrivent presque en bout de chaîne de la production – mais bien plutôt de la variété de dispositifs et de gestes qui, liés les uns aux autres, tendent incidemment à « imiter » le fonctionnement de caméras dites « traditionnelles ». En ce sens, si les sources historiques ne permettent pas toujours de répertorier les types de caméras utilisés pour enregistrer les dessins – il s’agit bien souvent de modèles de caméras classiques modifiés pour fonctionner au tour de manivelle (prendre une image pour chaque rotation, permettant du même coup l’animation image par image) – c’est peut-être en raison d’un désintérêt ou plutôt d’une mise sous silence de cette phase d’enregistrement pour privilégier la démarche de création qui la précède, constituant plus spécifiquement le corps technique du dessin animé. Néanmoins, partir de ce point d’arrivée a un intérêt, celui de révéler le besoin d’une mécanisation de chacune de ces étapes, y compris celle reposant justement sur un appareil mécanique, dont on va tenter d’exclure le seul facteur humain restant, à savoir la manipulation de la manivelle.
Le problème de base de la réalisation d’un dessin animé tient à la phase de « filmage » : comment enregistrer image par image à l’aide d’un appareil qui n’est au départ pas pensé pour cela? En réalité, le fonctionnement des premiers appareils cinématographiques, reposant sur l’usage d’une manivelle, permet bel et bien, théoriquement du moins, de n’exposer qu’un photogramme à la fois sur la pellicule – la manivelle permet de contrôler le mouvement et donc, non seulement de faire varier la vitesse, mais également de stopper et de reprendre le défilement en fonction des décisions de l’opérateur. Mais dans le cadre de films reposant sur une décomposition précise du mouvement, il convient évidemment de trouver des astuces pour que ces arrêts à chaque image ne soient pas laissés à la seule dextérité de l’opérateur, afin que le nombre d’expositions obtenu soit exactement le même pour chaque image. On optimise, ce faisant, la production (pas de geste hasardeux ou imprécis, minimisation de la procédure), même si par ailleurs, c’est aussi ce qui permet d’obtenir un mouvement fluide et régulier, qui ne « saute » pas d’une position à l’autre.
Ce que l’on peut aisément remarquer, c’est l’absence d’un appareil qui aurait spécifiquement été conçu pour l’occasion, et qu’il aurait donc été possible de valoriser dans le contexte technologique des années 1900-1910. Les premiers animateurs, en effet, n’inventent pas tant qu’ils s’adaptent à des appareils préexistants, qu’ils vont simplement augmenter d’un mécanisme permettant de réguler la vitesse du tour de manivelle. S’il est possible de spéculer, en supposant que les studios de John Randolph Bray auraient par exemple pu s’équiper d’une caméra Bell & Howell 2709 (modèle n° 19) pour tourner leurs films[1], les premiers modèles de caméras employés par James Stuart Blackton sur ses expériences d’animation (Humorous Phases of Funny Faces, 1906; Lightning Sketches, 1907) ou encore par Winsor McCay sur ses films comme Little Nemo (1911) ou How a Mosquito Operates (1912) restent un mystère. Il s’agissait sans doute d’un modèle de caméra utilisé à la Vitagraph, société au sein de laquelle officiaient les deux animateurs.
