Histoire de la stéréoscopie au cinéma - Texte 1
Du XIXe siècle à 1952 : photographie stéréoscopique et multiplication des séances de « cinéma en relief »
Si le principe de la vision stéréoscopique est connu depuis longtemps (au XVIIe siècle, des peintres comme Jacopo Chimenti ont dessiné des visions d’un même sujet pour chacun des yeux d’un observateur), il faut attendre le développement de la photographie, au milieu du XIXe siècle, pour que des inventeurs déposent des brevets sur des appareils permettant de reconstituer une vue en relief. Charles Wheatstone puis David Brewster[1] mettent au point une technique très simple : chaque œil voit séparément une photographie. Les deux photos ont été prises à une dizaine de centimètres de distance. À partir de 1851, après qu’un « stéréoscope » eut été offert à la reine d’Angleterre, ce nouveau média se popularisa. Dans les années 1880, de nombreuses firmes, aux États-Unis, en Angleterre et en Europe continentale, vendent des plaques stéréoscopiques par millions d’exemplaires chaque année. Le grand public s’amuse à regarder en relief des séries de paysages, des actions tirées de pièces de théâtre, différentes petites fictions, des vues pornographiques, etc.
En 1890, une société parisienne, Molteni, propose à la vente une lanterne magique à plusieurs objectifs qui permet de projeter des vues anaglyphiques grâce aux travaux de Joseph-Charles d’Alemeida. Pour la stéréoscopie anaglyphique, les spectateurs sont munis de lunettes teintées rouges et vertes, complémentaires des teintes sur les images projetées. De cette façon, chaque œil ne voit qu’une seule image, et le cerveau reconstitue le relief. Cette technique fonctionne aussi avec des images imprimées. Des brevets sont déposés en grand nombre pour proposer des appareils qui peuvent reproduire le mouvement « en relief », mais très peu voient effectivement le jour. Émile Reynaud, connu pour ses pantomimes lumineuses avec son « théâtre optique », dépose des brevets, dès 1902, pour des images animées stéréoscopiques. Il tourne des images, mais ne parvient pas à les projeter en relief. Par contre, il met au point une visionneuse stéréoscopique qui permet de regarder en relief : le Stéréocinéma (1908)[2].
La première projection avérée de films stéréoscopiques a lieu à New York, en juin 1915. Edwin S. Porter et Will E. Waddell, aidés financièrement par le producteur Adolph Zukor, montrent à un parterre de journalistes, équipés de lunettes aux verres verts et rouges, des films en relief anaglyphique : plusieurs documentaires et des petites fictions. On remarque à l’époque l’efficacité du procédé avec la sensation des branches d’arbres qui surgissent hors de l’écran. Plus tard, on nommera cela « effet de jaillissement ». Les vues d’une danseuse semblent moins bien fonctionner, et l’image reste floue. Zukor ne donne pas suite à cet essai. Cet encart présente un article de l’époque (tiré de The Moving Picture World) sur le procédé de Porter et Waddell.
En 1922, The Man from M.A.R.S. semble être le premier long-métrage stéréoscopique. Il utilise le procédé Teleview, qui fonctionne selon le principe d’images par éclipses : chaque œil ne peut voir qu’une image alternativement. Ce principe existe encore aujourd’hui avec les lunettes alternantes (shutters en anglais), à cristaux liquides, coordonnées avec le projecteur. On parle aujourd’hui de « lunettes actives ». La première partie des années 1920 connaît une vague de popularité des projections de films stéréoscopiques (des programmes de courts-métrages).
En 1935, Louis Lumière dépose un brevet pour un système de films en relief anaglyphique. Avec ce principe, un programme a circulé en France en 1936. On voit plus bas les lunettes stéréoscopiques qui étaient proposées par les frères Lumière, ainsi qu'une photographie de tournage du film en relief L’arrivée d’un train en gare de La Ciotat (Les frères Lumière, 1935). Dans les années 1930, des programmes de courts-métrages stéréoscopiques sont proposés en salles aux États-Unis, et également dans des foires d’exposition comme la New York World’s Fair de 1939. On peut projeter des films en relief et en couleurs grâce aux filtres de lumière polarisée. Les lunettes polarisées (ressemblant à des lunettes noires) ont des grilles devant chaque œil qui permettent de sélectionner une seule image, pour chaque œil, sur les deux qui sont projetées. Ce principe existe encore aujourd’hui avec la 3D dite « passive ».
