Coller - Texte 4
Le fabricant de vues (qui s’adonnait aussi à des collures de réparation pour pallier les ruptures accidentelles survenues en atelier) commença bientôt à proposer, sous sa propre gouverne, des aboutages préassemblés en atelier. C’est ainsi qu’on peut dire, de manière imagée, que le contrôle du « montage » est passé de la cabine de projection à la salle de montage, une salle qui ne prendra d’ailleurs ce nom que fort tardivement (dans les années 1920), après avoir été d’abord vue comme une salle de vérification.
Bien que rudimentaires – par définition, l’aboutage n’exige aucun travail de précision et se fait pour ainsi dire à l’aveugle, sans même qu’il faille prêter attention aux images dans leur matérialité –, les procédures de raccommodage et d’aboutage ont donc contribué à poser les jalons du développement des pratiques du montage, avant même que ce dernier ne devienne une notion, c’est-à-dire que l’idée de montage soit discutée et théorisée dans le champ cinématographique. Effectivement, dans les premiers temps, le responsable de l’assemblage n’intervenait pas dans le corps même des vues qu’il aboutait. Il se limitait à enfiler les uns après les autres des blocs d’images, qui provenaient de deux bandes différentes et sans rapport l’une avec l’autre et qui ne se touchaient même pas. Au départ, l’aboutage n’impliquait aucune intention d’établir une interconnexion entre les segments qui étaient réunis. Dans sa déclinaison la plus élémentaire, c’était un simple accolement, par apposition et collage, de vues aux sujets non liés et qui étaient indépendantes : on aboutait ainsi sans chercher à créer un effet de continuité et il n’y avait aucun transfert d’informations d’un segment à l’autre (chaque segment était en quelque sorte un produit fini et une entité complète et autonome). Normalement, les vues ainsi réunies n’étaient pas collées bord à bord mais mises à distance les unes des autres par un séparateur intercalaire (le plus souvent un bout de pellicule sans émulsion, parfois un carton-titre).