Coller - Texte 3
D’où le recours de l’opérateur de projection au film repairer ou à ses propres mains pour constituer une bobine de quelques centaines de mètres, rassemblant une série de vues enroulées initialement chacune sur leur bobineau. Au cours des premières années, c’était donc dans l’espace de la projection (ou de l’exploitation) que les opérations d’accolement et de collage étaient exécutées, plutôt que dans l’espace de l’édition (ou de la fabrication).
La pratique de l’assemblage par aboutage s’est assez vite imposée, mais il a d’abord fallu résoudre un problème d’ordre mécanique, de sorte que les appareils de projection soient en mesure d’accepter des bobines plus imposantes et plus lourdes que les bobineaux habituels, sans que le poids occasionné par le nouveau dispositif exerce une pression susceptible de provoquer une rupture de la bande. Le besoin de recourir à ce type d’assemblage était si présent que l’on finira par mettre au point une variété de dispositifs. Ainsi, par exemple, les frères Lumière conçurent-ils un dispositif pour encourager pareille opération : le défileur Carpentier-Lumière, un appareil indépendant du Cinématographe (s’y adaptant sans nécessiter de modifications) qui permettait la projection de bobines de grande longueur par l’emmagasinement sur une seule bobine de plus de 400 m de pellicule. Il est encore impossible de dater avec précision l’invention de ce procédé[1]. D’autres appareils, notamment le projecteur de la Biograph (1896) et l’Animatographe (1897) du britannique Robert William Paul, permettront d’entrée de jeu la projection de bandes de plus grande longueur.