Supports et mouvements d'appareil - Texte 14

Alfred Hitchcock utilisera la dolly pour mener nombre d’expériences tout aussi radicales au cœur même d’Hollywood. À l’instar des cinéastes des studios allemands des années 1920 où il avait été formé, Hitchcock souhaite déchaîner (« unshackle ») la caméra. Il tourne ainsi dans la seconde moitié des années 1940 deux longs métrages, The Paradine Case (1947) et Rope (1948), dont la mise en scène repose largement sur l’usage de dollies d’un type nouveau pouvant produire sans rails des mouvements à la fois très libres et très fluides. Comme le révèle un article d’American Cinematographer consacré à l’une des séquences de The Paradine Case tournée à l’aide d’une dolly, le réalisme que certains associent au tournage de plans-séquences n’est pas la première préoccupation d’Hitchcock. En effet, ce dernier vise plutôt à permettre à ses acteurs de plonger dans leurs rôles comme au théâtre :

La scène a été tournée de cette manière parce qu’Hitchcock et son directeur de la photographie Lee Garmes, A.S.C., étaient d’avis que les propriétés dramatiques particulières de la scène auraient été compromises par une succession de coupes; et aussi parce que le chef machiniste de Selznick, Morris Rosen, avait récemment conçu un nouveau type de dolly offrant à la caméra une nouvelle liberté de mouvement. Cette dolly offrait pour la première fois les moyens de tourner un plan continu offrant la variété de points de vue qui auraient d’ordinaire été offerts par une succession de prises filmées à partir de plusieurs positions de caméra et angles différents.

Jusqu’alors, toutes les dollies devaient être posées sur des rails, comme des trains, et au-delà d’une certaine limite les rails apparaissaient à l’image. Par conséquent, les dollies ordinaires pouvaient seulement se déplacer en ligne droite. La dolly de Rosen est pour sa part posée sur quatre pivots pouvant tourner dans toutes les directions, sur lesquels sont fixées des roues coussinées. Elle peut porter la caméra en ligne droite, mais aussi longer les coins du décor et pivoter dans un nombre infini d’angles. La caméra peut ainsi être manipulée de façon à laisser les acteurs se déplacer librement à travers le plateau, comme s’ils étaient sur la scène d’un théâtre[7].

Identifiant

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