Le continent des signes
Devaux, Frédérique. « Le continent des signes ». Entretien de Éric Thouvenel et Carole Contant réalisé le 21 juin 2011, dans Fabriques du cinéma expérimental, dir. Éric Thouvenel et Carole Contant (Paris : Paris Expérimental, 2014), 30-31.
Vous est-il arrivé, pour les besoins d’un projet, de vous dire que vous aviez besoin de mettre au point une technique spécifique, ou est-ce que l’évolution de vos techniques de travail s’est faite plus progressivement et naturellement?
Je ne sais pas si « évolution » est le mot adéquat. Si évolution il y a, elle est toujours fonction de soi-même, de la manière dont on se situe dans la vie, mais aussi des conditions sociales, économiques, esthétiques extérieures. Donc, je ne sais pas si l’esthétique de quelqu’un évolue toute seule : elle est toujours liée à tout ça. Bref : je ne m’interroge pas en ces termes. Quand je travaille sur le photogramme, je me dis : « À quel endroit faut-il qu’il y ait telle image qui aille dessus, plutôt que telle autre? » Ce qui me guide, c'est l'envie d’obtenir telle ou telle image, en rapport avec l’outil utilisé.
La seule chose dont j’avais besoin au départ c’est une petite table lumineuse que Michel Amarger m’a fabriquée en 1980, et sur laquelle je travaille toujours (je ne savais pas du tout, à l’époque, que Len Lye en avait fabriqué une équivalente). C'est presque tout ce dont j’ai besoin : cette petite table lumineuse avec une ampoule, une pince a épiler pour manipuler les fragments de film, une loupe, des ciseaux, une poinçonneuse. Je travaille aussi beaucoup avec de la javel, toutes sortes de produits chimiques, énormément de scotch, des encres de couleur, une colleuse, une visionneuse. Mon matériel est très réduit et très simple. Quant au reste... Si je n’ai pas le truc que je cherche, j'en prends un autre. Je ne me dis jamais : « Il me faut absolument ça ». C’est l'aspect manuel, « bricolé » de mon travail, même si je n’aime pas trop le terme de « bricolage », parce que je réfléchis quand même longuement, et que je ne bricole pas beaucoup. Je m’adapte. Je crois que ça vient de mes voyages et de mon enfance au cours desquels il a fallu sans cesse s'adapter.
